Ce sont nos propres tourments que Khadra explore ; il nous invite à sonder ce qu’il y a au plus profond de notre âme ; sans détour il nous pousse à regarder en face ce que nous nous évertuons tant à renier…Il nous révèle un peu de nous-mêmes.
Ses romans nous renvoient le reflet d’un monde peu glorieux, mais il prend soin de toujours laisser une porte de sortie, aussi étroite soit-elle…vers cette lueur d’espoir ! Nous basculons dans l’inimaginable, dans l’innommable, dans un monde où les mots ne suffisent plus à décrire ce que nous entrevoyons, ce que nous soupçonnons. L’empathie est de rigueur et c’est bien là que le trouble s’installe peu à peu en nous. A travers chacun des romans qui composent sa trilogie1, Yasmina K. nous pousse dans nos derniers retranchements… Nous refusons, nous nous débattons… nos certitudes volent en éclat…et là, contre toute attente, le miracle s’opère ! Nous nous laissons prendre, nous nous surprenons à prêter une oreille attentive à cet autre pour lequel nous n’avions jusqu’alors que mépris et suffisance. Nous ne le dévisageons plus comme un étranger qui nous répugne, nous nous affranchissons de nos préjugés qui nous aveuglent et pourtant sont si rassurants. Oui ! Nous avançons dans le vide, sans protection risquant à chaque instant de trébucher. Mais ses lignes, son œuvre nous envoûtent, elles prennent possession des lecteurs que nous sommes, nous ne résistons plus, la confiance s’installe…


Khadra pose son diagnostic tel un médecin et nous soulage du poids de cette peur, de cette terreur qui chaque jour nous consument… Alors nous acceptons et nous sommes enfin prêts, prêts à faire ce bout de chemin, à franchir cette autre rive, à explorer cette lointaine contrée : la Compassion.

Khadra c’est celui qui ose nous dévoiler, sans complaisance aucune, cette face obscure que nous nous épuisons à rejeter sur « Cet Autre » ; cette part d’animalité que nous tâchons de cacher au plus profond de notre être au nom de la « Civilisation » si chère à nos cœurs, cette portion de nous-mêmes que nous tentons d’apprivoiser et qui nous prive progressivement, insidieusement de notre humanité. Ce fragment que nous avons enfoui dans le secret espoir de ne jamais le retrouver parce qu’il balaye notre conviction la plus intime que le Barbare c’est l’Autre, l’Etranger, cet Inconnu…
Yasmina K. a cette aptitude à nous projeter, sans ménagement mais avec beaucoup d’amour, dans les tribulations et vicissitudes d’un monde qui n’épargne personne ! Il agit en bon père de famille qui nous fait part de son expérience, nous avertit des dangers, des pièges…sans jamais porter de jugement hâtif ni définitif ! C’est bien à corps perdu que nous plongeons dans ses romans, ces drames qui composent le quotidien de certains. Il est des voyages dont on ne revient plus tout à fait indemne, pas complètement transformé, mais riche de ce petit plus, de ce je ne sais quoi qui fait que l’indifférence ne peut plus guider notre conscience, que notre regard sur le monde qui nous entoure n’est plus tout à fait le même !

1Les hirondelles de Kaboul, Julliard & Pocket,
L’attentat, Julliard & Pocket
Les sirènes de Bagdad, Julliard & Pocket
Nous pouvons aussi citer A quoi rêvent les loups, qui ne fait pas partie de la trilogie.